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Alanguissement des âmes rêveuses

Par Samantha McBeth | 3 octobre 2014| Le Saint-Laurent
4419 - I - Crédit photo Samantha McBeth Un lever de soleil de feu Un lever de soleil de feu
4418 - I - Crédit photo Samantha McBeth La relation délicate qui existe entre toutes les espèces vivantes. La relation délicate qui existe entre toutes les espèces vivantes.
4420 - I - Crédit photo Samantha McBeth Traces de machinerie humaine sur la Basse-Côte-Nord Traces de machinerie humaine sur la Basse-Côte-Nord
4421 - I - Crédit photo Samantha McBeth La plage devant Port-Menier La plage devant Port-Menier
4417 - I - Crédit photo Samantha McBeth Rorqual à bosse plongeant dans l'estuaire du Saint-Laurent Rorqual à bosse plongeant dans l'estuaire du Saint-Laurent
4415 - I - Crédit photo Monik Paskal Potvin Le Sedna IV devant Sept-Îles Le Sedna IV devant Sept-Îles
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Je suis fatiguée. Une fatigue accumulée d’un long voyage, de cette importante expédition qui nous a amenés aux quatre coins du monde. Cette fatigue n’est pas seulement la mienne, elle est celle du Sedna IV et de son équipage, épuisés par leurs aventures incroyables et par tous les accueils chaleureux qui inévitablement devenaient des adieux difficiles. C’est la force constante du courage de chacun, de l’espoir de tous, maintenue malgré l’insouciance de l’espèce humaine envers sa planète. C’est la puissance avec laquelle se sont gravés dans nos cœurs la beauté de la nature, la grâce de ses créatures et l’émerveillement devant la délicate toile complexe qui les lie les uns aux autres. Je suis tombée en amour avec la Terre lors de cette mission, mais cet amour est empreint de responsabilités. Car comment pourrais-je contempler ses magnifiques endroits sans y apercevoir les cicatrices, les plaies ouvertes, les signes de maladie? Ne dit-on pas que l’on est responsable de ce qu’on aime?

J’ai eu un professeur à l’université qui préférait utiliser le terme écologue plutôt qu’écologiste pour décrire les scientifiques qui étudient les écosystèmes et l’écologie, car il trouvait ce dernier terme trop partisan, trop militant, voire péjoratif. C’est d’ailleurs pratique courante en France, où le néologisme « écologue » désigne le chercheur et « écologiste » désigne l’activiste. En Amérique du Nord, la pratique est plus floue, notre langage habituel possiblement influencé par l’anglais : l’écologiste publiera des études alors que l’environnementaliste manifestera pour sa cause. Au Québec, on voit les trois termes, mais j’ai toujours entendu le mot « environnementaliste » prononcé d’un ton empreint de dédain. Comme s’il était question de gens naïfs, adeptes du culte de l’écologisme dont la principale doctrine serait d’empêcher la marche du progrès et de l’économie.

Sommes-nous des militants? Non, nous sommes des chercheurs en quête de vérité. Nous sommes aussi un peu des pourvoyeurs d’espoir en voulant transmettre notre passion et notre amour pour cette Terre. Nous tentons de dévoiler les problématiques telles qu’elles sont. Nous sommes conscients que certaines situations sont inacceptables : la surconsommation et la surproduction de déchets, la destruction des forêts, la surpêche et selon le Rapport Planète Vivante 2014*, la disparition de plus de 50% des espèces au cours des 40 dernières années, mais nous croyons sincèrement que la solution passe par l’ouverture, la connaissance et le dialogue.

Je refuse de perdre espoir. Les réflexions qui influencent les sociétés d’aujourd’hui, face aux modifications de l’environnement planétaire, témoignent de l’ouverture d’esprit et de la prise de conscience. Malgré cette évolution, c’est avec tristesse que je constate que ces débats peuvent déchirer une communauté plus douloureusement que la plus serrée des campagnes électorales. Comme une chicane de famille, les rancunes sont nourries et l’énergie trop souvent mal dépensée. Les sociétés sont encore en période d’adaptation, et la relation de la collectivité avec la nature, en changement. Même si des batailles seront perdues, jamais je ne peux imaginer que nous perdrons cette guerre. Alors malgré ma fatigue, je continue fièrement mon rôle de communicatrice scientifique.

Car finalement, c’est ça, être écologiste. Travailler, étudier, éduquer pour que les décisions se prennent en toute connaissance de cause avec le moins d’inconnus possible. Être en paix avec notre décision face à des situations qui ne seront jamais parfaites, mais qui au moins se dérouleront dans le respect des équilibres naturels. Nous avons une seule planète, elle est belle, et elle est la nôtre à préserver.

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Commentaires2
  • IRASD
    5 octobre 2014
    Espoir : http://irasd.wordpress.com
  • Marjolaine Bezeau
    3 octobre 2014
    Très émouvant votre texte. Profond de grande vérité qui a pris racine, j'en suis certaine, d'une grande réflexion et observation. Je ne sais pas si mes propres gestes écologique auront un grand impact sur mon environnement...mais au moins comme vous le dite si bien, je serai en paix avec moi-même. Et je sais que mes enfants et mes petis enfants suivront les traces que j'ai laissé...
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