Suivre la voix

By Marika D'Eschambeault | 30 April 2013|
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2538 - I - Photo credit Hans Bernhard / Creative Commons Selon la règlementation, il faut laisser le moteur en marche au point mort ou se déplacer à moins de trois nœuds afin que les animaux sachent bien où se trouve le bateau. Le même type de rêglementation existe à Tadoussac. Selon la règlementation, il faut laisser le moteur en marche au point mort ou se déplacer à moins de trois nœuds afin que les animaux sachent bien où se trouve le bateau. Le même type de rêglementation existe à Tadoussac.
2537 - I - Photo credit Herbythyme / Creative Commons Le bruit émanant de plusieurs motomarines peut être gênant et créer de la confusion chez les mammifères marins. Le bruit émanant de plusieurs motomarines peut être gênant et créer de la confusion chez les mammifères marins.
2536 - I - Photo credit Julie Daniel / Creative Commons « Je suis tombé amoureux à 7 ans avec la mer, les îles, et la vue des baleines à bosse qui migrent près des Bermudes et les dauphins. » Ici, l'île d'adoption de Michael Poole, Moorea. «  Je suis tombé amoureux à 7 ans avec la mer, les îles, et la vue des baleines à bosse qui migrent près des Bermudes et les dauphins. » Ici, l'île d'adoption de Michael Poole, Moorea.
2535 - I - Photo credit NOAA La baleine franche de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) est la plus menacée des baleines au monde. La baleine franche de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) est la plus menacée des baleines au monde.

Michael Poole a toujours su. À neuf ans quand il habitait aux Bermudes, une petite voix intérieure lui disait : « quand je serai grand, je serai un biologiste qui travaille avec les baleines et les dauphins, basé sur une île ». C’est au moment où il fréquentait l’Université de Californie que la porte des possibilités s’ouvrit en 1987, lui permettant de s’envoler en direction de l’île de Moorea afin d’entreprendre son doctorat sur les dauphins à long bec (Stenella longirostris).

C’est sur son île d’attache que nous le rencontrons, vingt-six ans plus tard! Je devine ce qui l’a retenu ici dès que nous franchissons la terrasse extérieure de sa maison, avec vue sur la mer et, c’est devant un jus d’ananas, un classique bien d’ici, qu’il nous partage son expérience de chercheur sur les cétacés en Polynésie française.

D’entrée de jeu, il nous fait part de ses inquiétudes quant aux nouvelles pratiques touristiques à Moorea, surtout celle consistant à approcher des mammifères marins en motomarines (jetskis). Alors une question se pose : ne vaut-il pas mieux mobiliser un seul bateau avec un groupe de touristes pour observer les baleines et les dauphins que de multiplier les agents de pollution à coup de tandem en motomarines?

L’effet pollueur de ces engins sportifs est double : CO2 et bruit. Puisque la vue des baleines n’est pas très bonne dans l’eau, elles se fient à leur ouïe pour détecter la présence d’un bateau. Ainsi, elles peuvent prendre la décision de s’en approcher en l’évitant ou de s’en éloigner tout doucement. Le bruit et les déplacements des motomarines peuvent gêner les cétacés et cela peut devenir dangereux autant pour les humains que pour les animaux. Etant auditive, le sujet m’interpelle particulièrement…

Michael vient ensuite déconstruire un mythe que j’entretenais. « Si on coupe le moteur, le bateau disparaît. En gardant le moteur en marche au point mort, on continue de communiquer notre position à l’animal. » On ne parle pas leur langue, mais on arrive à se faire comprendre, aux moins pour dire que « Nous sommes ici ».

Cinq ans seulement après avoir adopté Moorea, Michael Poole propose au gouvernement de créer un sanctuaire de mammifères marins en Polynésie française. C’était en 1992. Dix ans plus tard, la Polynésie a finalement adopté sa proposition et son projet de législation, ce qui en fait aujourd’hui le sanctuaire des cétacés le plus vaste du Pacifique Sud. Sur les 5 millions de km2 de ce pays d’eau, il faut respecter les approches pour pouvoir jouir de l’expérience de l’observation des cétacés sans leur porter atteinte.

L’océan est parfois trop bruyant aussi pour d’autres espèces de baleines, certaines menacées d’extinction. Michael nous expose que sur la côte est des États-Unis, des études montrent que les baleines franches ont peine à communiquer entre eux avec le vacarme et le va-et-vient des bateaux conteneurs. Et parfois les collisions sont inévitables. Avec des effectifs de moins de 350 individus, il y a de quoi ébruiter la situation critique des baleines franches de l’Atlantique Nord.

« En plus de ça, il y a les sonars très puissants des militaires.» Michael Poole en sait quelque chose : il est coauteur d’une publication portant sur l’échouage en masse de dauphins d’Électre (Peponocephala electra) dans la baie de Hanalei, sur l’île de Kauai à Hawaii. En comparant l’évènement à d’autres situations analogues, Michael et ses semblables tirent la conclusion qu’il y a de fortes possibilités que les signaux des sonars, ayant eu lieu pendant 10 heures consécutives, soient à l’origine de la confusion des Péponocéphales. Ils seraient entrés dans la baie pour s’en éloigner.

En Polynésie, la voie du chercheur est multiple. Pour financer une partie de ses recherches scientifiques, Michael organise des sorties touristiques pour aller à la rencontre des mammifères marins sur l’une de ses embarcations pouvant accueillir un groupe, tout en gardant un œil sur ses sujets de recherche de prédilection, les baleines à bosse. Il n’a pas dit son dernier mot, car au sujet de la conservation de ses protégés, Michael ne gardera jamais le silence…

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