Finir en queue de rorqual

By Samantha McBeth | 22 September 2014| Le Saint-Laurent
4386 - I - Photo credit Glacialis Productions Le Sedna IV en compagnie de rorquals à bosse Le Sedna IV en compagnie de rorquals à bosse
4387 - I - Photo credit Samantha McBeth Navigation en transects sur le chenal laurentien, direction Saint-Pierre-et-Miquelon. Navigation en transects sur le chenal laurentien, direction Saint-Pierre-et-Miquelon.
4385 - I - Photo credit Jérome Lefrançois Le dessous d'une queue de rorqual à bosse. Chaque individu est différent. Le dessous d'une queue de rorqual à bosse. Chaque individu est différent.
4384 - I - Photo credit Jérome Lefrançois Plusieurs groupes de rorquals à bosse ont été croisés sur le banc Saint-Pierre Plusieurs groupes de rorquals à bosse ont été croisés sur le banc Saint-Pierre

Comme une aiguille dans une botte de foin ou plutôt comme une baleine dans un océan. Le golfe du Saint-Laurent est une véritable mer intérieure, vaste, profonde, presque entièrement fermée outre le détroit de Belle Isle au nord, et le détroit de Cabot à l’est (et le très étroit détroit de Canso au sud-est.) Ses eaux couvrent une surface de plus de 230 000 kilomètres carrés, sans même s’aventurer le long de son fleuve. Comprenez notre dilemme : comment trouver au sein de tous ces flots un rorqual bleu, malgré sa taille titanesque? Les rorquals bleus sont une espèce menacée, portant le statut « En voie de disparition » au Canada, avec bonne raison. Les chercheurs estiment la population d’adultes comme étant moins de 250 individus, et au cours des derniers 35 ans d’observation, à peine une vingtaine de baleineaux ont été détectés. Les baleines bleues fréquentent la plupart des océans du monde, mais sa distribution et sa population mondiale restent incomprises. Estimés aujourd’hui entre 5000 et 15 000, ces cétacés étaient autrefois beaucoup plus abondants en mer. Victimes de la chasse par le passé, ces individus sont maintenant menacés par les changements environnementaux et par la collision avec les navires.

Alors, comment retrouver les derniers représentants du plus grand animal sur terre? En regardant là où ils pourraient s’alimenter! Le Sedna IV navigua donc habilement le long des grands bancs dans le golfe, des hauts-fonds, et le long des falaises sous-marines bordant le chenal laurentien. À ces endroits, les remontées d’eau froide favorisent la prolifération d’euphausiacés* communément appelé à défaut krill ** si apprécié des baleines bleues. Et comme celles-ci peuvent en consommer jusqu’à 4 tonnes par jour, nous avions donc espoir d’en apercevoir au moins quelques-unes! À défaut de voir des baleines bleues, nous avons fait la rencontre de plusieurs rorquals communs ainsi que d’une panoplie de dauphins à flancs blancs.

Notre quête nous amena aussi à naviguer jusqu’en eaux françaises, au sud des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, où plus d’une quarantaine de rorquals à bosse s’alimentaient, nous dévoilant alors un véritable bouillon d’activité sur le banc Saint-Pierre. C’est à ce moment-là que l’outil d’identification des cétacés fit son apparition : la caméra. S’il avait été question de baleines bleues, leur flanc marbré aurait servi à identifier l’individu. Chaque rorqual bleu a une pigmentation marbrée présentant des teintes de gris pâle à gris foncé, qui lui est propre toute sa vie. Mais dans le cas des baleines à bosse, nous guettions plutôt leur plongée, car ce sont les marques blanches et noires qu’elles présentent sur la face ventrale de leur queue qui permettent de les identifier et de les ajouter, s’il y a lieu, au catalogue de l’espèce. L’équipage qui a prêté main-forte aux chercheurs a pu accumuler en quelques jours des centaines d’images de queue de rorquals à bosse. Hélas, sans aucune prise photographique d’une baleine bleue, notre géant mystérieux.

Il y a plus de deux ans maintenant, au tout début de la Mission 1000 jours pour la planète, le Sedna IV était aux îles Açores, accueillant à bord le spécialiste de la photo-identification des baleines, Richard Sears dans le but de comprendre les routes migratrices empruntées par les baleines bleues. De nouveau invité sur le Sedna IV, le voilà avec son équipe de la Station de recherche des îles Mingan devant la même quête et le même mystère…

Malgré cette fin en queue de « rorqual », ce voyage dans le golfe nous a permis d’accumuler des données importantes sur les cétacés qui serviront aux chercheurs partout dans le monde. Tout n’est pas perdu loin de là!

  • Groupes de petits crustacés semblables à des crevettes.
    • Krill , terme norvégien qui signifie alevin de poissons. Terme utilisé dans plusieurs contextes, et donc imprécis.
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