Eau chaude, eau froide

Par Daphné Laurier Montpetit | 17 avril 2013| Polynésie Française
2472 - I - Crédit photo Philippe Rousseau Ch. Malgré les eaux froides, ce sont les couleurs "chaudes" qui dominent dans le Saint-Laurent marin, comme en témoigne cette Anémone rouge du Nord (Urticina felina). Malgré les eaux froides, ce sont les couleurs
2473 - I - Crédit photo Philippe Rousseau Ch. Eh oui, il y a du corail chez nous! Cette espèce de corail mou (Gersemia rubiformis) se nourrit de plancton et ne nécessite pas la présence d'algues symbiotiques. Eh oui, il y a du corail chez nous! Cette espèce de corail mou (Gersemia rubiformis) se nourrit de plancton et ne nécessite pas la présence d'algues symbiotiques.
2474 - I - Crédit photo Philippe Rousseau Ch. Les eaux froides, riches en oxygène et en nutriments, offrent des plongées spectaculaires qui n'ont rien à envier aux mers du sud. Les eaux froides, riches en oxygène et en nutriments, offrent des plongées spectaculaires qui n'ont rien à envier aux mers du sud.
2475 - I - Crédit photo David Milette Ce Soleil de mer pourpre (Solaster endeca) réchauffe un peu ses heureux observateurs sous-marins. Ce Soleil de mer pourpre (Solaster endeca) réchauffe un peu ses heureux observateurs sous-marins.
2471 - I - Crédit photo Jean-Sébastien Naud La couleur verte de l'eau du Fleuve est due à la grande quantité d'algues microscopiques: le plancton. La couleur verte de l'eau du Fleuve est due à la grande quantité d'algues microscopiques: le plancton.

Je suis une plongeuse d’eau froide. C’est dans les eaux délicieusement glacées du fleuve Saint-Laurent que j’ai appris à plonger. Ici, à la chaleur tahitienne, je suis une étrangère en visite! Après quelques plongées en Polynésie Française, je réalise qu’il n’y a pas que les kilomètres qui séparent les eaux chaudes des eaux froides. Ce sont deux mondes très différents!

Dès mon arrivée au centre de plongée, je suis heureuse de constater le peu d’équipement qu’on me remet. Si une épaisse combinaison étanche est préférable pour affronter l’eau du Saint-Laurent, quelques millimètres de néoprène suffisent amplement ici. De plus, sans la couche d’air isolante de ma combinaison habituelle, je flotte beaucoup moins. Tant mieux, ça fait moins de plombs à transporter!

Une fois à l’eau, il me suffit de tremper mon masque pour apercevoir une dizaine de poissons colorés. L’eau est si claire, ici! En contraste, ce sont plutôt des teintes verdâtres qui font guise d’accueil aux Escoumins. N’allez pas croire que c’est là un signe de saleté! Au contraire, les eaux froides de l’estuaire marin sont particulièrement riches en oxygène et en plancton. C’est ce qui explique la grande richesse biologique de cet endroit qui couvre de la plus petite algue à la plus grosse baleine! Contrairement à ce qu’on peut penser, les eaux chaudes, elles, sont considérées comme pauvres. En effet, elles contiennent peu d’oxygène et de nutriments.

Je descends. Suis-je rendue à 5 m de profondeur? 15 m? 100 m? Difficile à dire : la surface semble tout près au-dessus de ma tête, et les couleurs sont toujours aussi éclatantes qu’à la surface. Mon ordinateur de plongée indique 25 m. À cette profondeur, aux Escoumins, je sortirais maintenant ma lampe de poche! Sans elle, je ne pourrais percevoir les multiples teintes rosées du Saint- Laurent.

Je suis le guide à travers les coraux. Par réflexe, je me tiens très près de mon binôme, avant de réaliser que je suis la seule à le faire. Bon, d’accord… Avec 35 m de visibilité, je peux bien laisser un peu d’espace à Marika. J’arriverai à garder un œil sur elle avec un peu de distance, chose que les quelques mètres de visibilité du Saint-Laurent ne permettent pas toujours.

Fidèle à mon habitude, je scrute le récif à la recherche de petits organismes cachés dans les algues. C’est ainsi qu’on trouve des trésors, dans le Fleuve. Là-bas, le récif est couvert d’organismes benthiques, fixés à la paroi. Éponges jaunes, anémones gigantesques, étoiles et soleils de mer colorés s’empilent les uns sur les autres, ne laissant guère paraître le rocher. Ici, à Tahiti, impossible de se concentrer sur l’immobile parce qu’à tout moment, un poisson éclatant surgit devant moi : un poisson-clown par-ci, un baliste par-là, même un rémora semble s’être amouraché de moi et me suit partout… Il me prend peut-être pour un requin qu’il suit généralement de très près pour se régaler de ses restes. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de rencontre, moi! Il est rare d’observer de gros poissons aux Escoumins.

Le guide de plongée nous fait signe de remonter. Quoi, déjà? Mais, je n’ai même pas les pieds gelés! Un coup d’œil à mon ordinateur : je suis dans l’eau depuis 50 minutes! Je me résigne à remonter tranquillement. À ma sortie, je suis radieuse. Il y a bien une chose qui ne change pas : que ce soit en eau chaude ou froide, j’affiche le même sourire après une plongée!

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