Une Québécoise enflammée par les coraux

Par Marika D'Eschambeault | 10 mai 2013| Polynésie Française
2613 - I - Crédit photo Florent Bignon Caroline Dubé, une chercheuse québécoise en résidence au CRIOBE, s'intéresse aux coraux de feu. Caroline Dubé, une chercheuse québécoise en résidence au CRIOBE, s'intéresse aux coraux de feu.
2610 - I - Crédit photo Caroline Dubé Le corail de feu est une espèce importante dans la composition du récif. Le corail de feu est une espèce importante dans la composition du récif.
2611 - I - Crédit photo Caroline Dubé Le corail de feu (Millepora platyphyla) peut prendre plusieurs formes selon les conditions environnementales du récif. Ici, il est encroutant. Le corail de feu (Millepora platyphyla) peut prendre plusieurs formes selon les conditions environnementales du récif. Ici, il est encroutant.
2614 - I - Crédit photo Caroline Dubé Parfois, il est plus massif, voire même branchu. Parfois, il est plus massif, voire même branchu.
2615 - I - Crédit photo Caroline Dubé Au départ, une colonie est fixée au récif en un point, puis elle s'étend. Au départ, une colonie est fixée au récif en un point, puis elle s'étend.

« Mes collègues m’appellent le poisson, car je consomme très peu d’air sous l’eau, ce qui m’est utile pour accomplir mon travail de terrain », me dit Caroline Dubé, celle qui n’est jamais bien loin de sa bombonne. Dans son bureau au CRIOBE, le centre de recherche où elle poursuit ses études doctorales, une photo du Sedna IV orne son babillard. Globe-trotter de nature, cette Québécoise de 28 ans passera les trois prochaines années de sa vie à étudier les coraux de feu (Millepora platyphylla) sur le récif qui encercle Moorea.

Au fil de la conversation, le sujet m’enflamme! Il faut dire que la passion de la chercheuse est contagieuse et son sujet, tout simplement éclaté.

Caroline tend le bras pour nous montrer de petites « blessures de guerre ». Pour se défendre, le corail de feu possède des cnidocystes, des petits dards venimeux utilisés pour la défense, tout comme ceux retrouvés chez les méduses. Comme les fourmis de feu (fourmis rouges), les coraux de feu sont ainsi baptisés parce qu’ils infligent des piqures accompagnées d’une sensation de brulure. Pour s’en protéger, Caroline enfile une combinaison humide longue et transporte avec elle du vinaigre, un bon remède pour apaiser l’irritation lorsqu’elle y touche par accident. Les mouvements aléatoires des petits dards peuvent également servir à tétaniser les petits animaux en suspension, le zooplancton. Les polypes de la colonie n’ont plus qu’à étendre les tentacules pour porter ces proies paralysées à leur bouche. Les autres coraux constructeurs de récifs n’ont pas recours à de telles armes!

Sous l’eau, Caroline devra arpenter le récif sur 9 km², et ce dans 6 types d’habitats différents. Ainsi, elle étudiera les populations de coraux de feu sur plus de 50 km2 sur les récifs coralliens de Moorea ! Faut-il se fier aux apparences? Celle des coraux de feu change selon l’endroit où les colonies poussent. Là où la houle fouette le récif-barrière, on les retrouve sous forme encroûtantes tapissant le substrat. Or, dans les eaux plus calmes du lagon ou dans les eaux plus profondes, les colonies sont plus hautes ou plutôt massives. À l’aide d’analyses génétiques, Caroline tentera de percer le mystère de cette diversité morphologique, qui semble liée aux différentes conditions environnementales des différents habitats récifaux.

Le sujet devient encore plus chaud alors que la chercheuse aborde les modes de reproduction de ce type de corail. La boucle complète de la reproduction chez les coraux de feu n’a jamais été observée en nature. C’est une autre piste fertile de recherche pour Caroline. Elle souhaite prélever une colonie la veille de la libération des petites méduses transportant œufs et spermatozoïdes, afin d’observer en laboratoire ce stade de reproduction ainsi que le stade larvaire formé à la suite de la fertilisation.

Étranges et méconnus, ces coraux? Certes! À Moorea, ils « pètent le feu », car ce sont les seuls à résister au passage de l’étoile de mer mangeuse de corail (Acantaster planci). Les chercheurs croient que ce sont les petits dards défenseurs qui préservent les coraux de feu contre l’appétit vorace de ces prédateurs.

Hier, nous avons rejoint les chercheurs en jetant l’ancre dans la baie de Cook à Moorea. L’équipage est vraiment très fébrile alors que l’équipe de tournage s’apprête à capter les premières images sous-marines de ce monde de corail qui embrase nos découvertes depuis notre arrivée. Cap sur Tetiaroa, et… action!

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