Les pieds dans l’eau

Par Jade-Anaïs Généreux-Gamache | 21 octobre 2013| Île de la Réunion
3245 - I - Crédit photo Émilie Beaulieu-Guérette
3248 - I - Crédit photo Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO) Variation du niveau d'eau des océans selon les régions du globe entre 1993 et 2012. Variation du niveau d'eau des océans selon les régions du globe entre 1993 et 2012.
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3247 - I - Crédit photo Émilie Beaulieu-Guérette

Imaginez que votre terre natale se retrouve inondée par la mer et que vous deviez la quitter à tout jamais. On dirait presque une mauvaise fiction tirée par les cheveux. Pourtant, cette réalité déchirante sera bientôt le lot de bon nombre d’habitants de la planète. Selon une récente étude française , 10 000 à 20 000 îles seraient amenées à disparaître avant la fin de ce siècle avec la hausse du niveau des océans.

L’élévation du niveau des mers est causée principalement par deux phénomènes : la fonte accrue des glaciers, augmentant directement la quantité d’eau présente dans les océans, et le réchauffement climatique. Les océans, grandes éponges du globe, absorbent les modifications climatiques engendrées par la hausse des émissions de gaz à effet de serre. En augmentant de température, l’eau prend de l’expansion, causant une élévation de son niveau. On pourrait croire que ces effets sont minimes à l’échelle d’un océan, mais malheureusement ils ne le sont pas. Depuis 1992, on enregistre une élévation moyenne de 3,2 mm chaque année, alors qu’elle était d’environ 1 mm par an depuis 1960. Le rythme d’expansion a plus que triplé! D’ici 2100, on prédit une hausse accumulée d’entre 2 et 6m. Considérant que plusieurs îles du globe ne culminent pas à plus de 3m au-dessus du niveau de la mer, elles seront éventuellement submergées. D’autant plus que l’élévation ne se fait pas uniformément dans tous les océans. Certaines zones sont davantage affectées en raison du trajet des grands courants océaniques, les masses d’eau plus chaudes prenant d’autant plus d’expansion.

Donc 10 000 à 20 000 îles qui disparaîtraient et cette projection se veut extrêmement conservatrice. On ne prend en compte ici que les îles qui disparaîtront complètement. Bon nombre d’autres îles perdront une bonne partie de leur territoire. Autant d’habitats naturels qui se verront anéantis, mettant en péril une biodiversité incroyable. Les îles abritent souvent une faune et une flore bien riches et exceptionnelles en raison de leur fort taux d’endémisme. En plus de tout cela, plusieurs endroits se trouveront (ou se trouvent déjà) inhabitables en raison de la contamination des réserves d’eau douce souterraine par l’eau salée. L’agriculture s’en voit alors affectée, donc on recourt généralement à un plus grand nombre de pesticides et produits chimiques pour pouvoir continuer de nourrir la population. À leur tour, ces produits contaminent d’autant plus les nappes souterraines, rendant tout sol infertile et mettant l’accès à l’eau potable en péril.

Tuvalu, dans le Pacifique sud-ouest, se voit l’emblème mondial du phénomène. Ce sera probablement un des premiers archipels à disparaître, et l’on prévoit même qu’il sera déjà inhabitable d’ici moins de 50 ans. On assiste à l’apparition de «réfugiés climatiques» à la recherche de nouvelles terres pour vivre. Il est difficile de leur refuser ce statut considérant que ces gens écopent des effets d’une pollution engendrée par l’ensemble du globe. La loi du «chacun pour soi» ne peut plus fonctionner lorsqu’il est question d’environnement puisque l’impact des gestes de chacun se répercute à une échelle bien plus grande que celle délimitée par les frontières d’un pays.

Alors que nous terminons notre grande traversée de l’océan Indien, je me demande si certaines îles aperçues au cours de notre périple disparaîtront de la carte d’ici quelques années…

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