Des petites plantes qui ont bien du caractère

Par Marie-Odile Noël | 24 janvier 2021| Île de la Réunion
3504 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Les nuages qui rafraîchissent les plus basses altitudes ne sont pas toujours présents aux sommets. Les nuages qui rafraîchissent les plus basses altitudes ne sont pas toujours présents aux sommets.
3508 - I - Crédit photo Jade-Anais Généreux Gamache Le sol, constitué par les anciennes coulées de lave refroidies, ne contient que peu de matière organique… Mais la vie y pousse quand même. Le sol, constitué par les anciennes coulées de lave refroidies, ne contient que peu de matière organique… Mais la vie y pousse quand même.
3507 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Elles m'ont bien impressionnée, ces petites plantes, à pousser fièrement dans un environnement si hostile… Elles m'ont bien impressionnée, ces petites plantes, à pousser fièrement dans un environnement si hostile…
3506 - I - Crédit photo Dunog Psiadie à belle tête au sommet du Piton de la Fournaise. Psiadie à belle tête au sommet du Piton de la Fournaise.
3505 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Les conditions peu hospitalières des sommets, comme ici au Piton des Neiges, oblige la présence d'une végétation altimontaine bien adaptée. Les conditions peu hospitalières des sommets, comme ici au Piton des Neiges, oblige la présence d'une végétation altimontaine bien adaptée.
3503 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Au-dessus de 2500m d'altitude, on trouve presque seulement du Branle blanc. Ici, au sommet du Piton des Neiges. Au-dessus de 2500m d'altitude, on trouve presque seulement du Branle blanc. Ici, au sommet du Piton des Neiges.
3502 - I - Crédit photo B. Navez Petit ambaville au pied du Piton de la Fournaise. Petit ambaville au pied du Piton de la Fournaise.
3501 - I - Crédit photo B. Navez Branle vert, Branle blanc, Tamarin des hauts et Thym marron au pied du Piton de la Fournaise. Branle vert, Branle blanc, Tamarin des hauts et Thym marron au pied du Piton de la Fournaise.
3500 - I - Crédit photo
3499 - I - Crédit photo Jean-Marc Astesana
3498 - I - Crédit photo Brian Iannone Le piton de la Fournaise Le piton de la Fournaise
3497 - I - Crédit photo B. Navez Le piton des Neiges Le piton des Neiges

La température se réchauffe de plus en plus à mesure que l’on s’enfonce dans l’été austral. L’air est comme immobile autour de nous… Moi qui ne souffre habituellement pas trop de la chaleur, je me surprends à trouver la situation étouffante depuis quelques jours. Difficile à croire que mes amis au Québec sont en train de pelleter. Et difficile à croire, surtout, qu’il y a quelques jours à peine je claquais des dents au sommet du Piton des Neiges, sur cette même île où maintenant je suffoque…

Il faut dire que la géologie particulière de l’île la soumet à de nombreuses conditions climatiques très différentes les unes des autres. En tout, à la Réunion, il n’y aurait pas moins de 200 microclimats différents! Les deux gros massifs volcaniques bloquent la circulation des alizés, ces vents réguliers soufflant du sud-est vers le nord-ouest, emportant les nuages. Deux grandes zones climatiques sont ainsi déterminées par le relief montagneux de l’île : la Côte au Vent (sud-est), très arrosée, et la Côte sous le Vent (nord-ouest), beaucoup plus sèche. Les différentes altitudes engendrent, elles aussi, de grands contrastes dans la pluviométrie et la température. Ajoutons à cela de nombreuses variations locales engendrées par une vallée, une montagne, une ravine, un ruisseau… et on comprend d’où vient cette diversité exceptionnelle de climats. Et à chacun des climats, correspondent des espèces extraordinaires qui ont su s’adapter…

Si les phénomènes climatiques de la Réunion se conforment à ceux des autres îles montagneuses trouvées à travers le monde, elle est par contre bien unique de par la végétation altimontaine de ses hauts sommets. À la fois au Piton des Neiges et au Piton de la Fournaise, j’ai eu une impression de taïga québécoise en regardant autour de moi… tout en ayant quitté depuis quelques heures seulement les majestueux palmiers qui bordent les plages. Fascinante, la Réunion. Pleine de surprises.

La présence de végétation altimontaine est rarissime sur les îles tropicales. Elle s’explique par les conditions peu hospitalières auxquelles sont soumises ici les plantes à partir de 2000 m d’altitude. Les écarts de température sont violents entre les périodes d’ensoleillement et les périodes de froid nocturne, où le mercure descend fréquemment sous zéro. Les précipitations sont très irrégulières et les nuages qui rafraîchissent les plus basses altitudes ne sont pas toujours présents aux sommets. Le sol, souvent constitué de roche nue, est très pauvre en matière organique. Et n’oublions pas le vent, que rien ne freine à ces altitudes et qui m’a fait claquer des dents il y a quelques jours…

J’ai été impressionnée de voir des formes de vie se déployer dans l’environnement si peu hospitalier que représentent les sommets des deux volcans de l’île. Je les ai admirées, ces petites plantes. Elles ont développé des astuces pour survivre sous ce climat aride. Pour ne pas être trop soumise aux vents ou pour mieux conserver son eau, la végétation des sommets s’est adaptée en affichant une petite taille, des formes rabougries et tortueuses, des feuilles souvent épaisses et coriaces ou réduites à des aiguilles… Certaines plantes ont même développé du duvet afin de capturer l’humidité du matin!

À cause de l’isolement de l’île, de la diversité de ses habitats et de ses nombreux microclimats, les rares espèces initialement présentes à la Réunion se sont différenciées, avec le temps, entre elles et par rapport à leurs ancêtres. Beaucoup d’entre elles sont devenues des espèces endémiques, c’est-à-dire propres à l’île et uniques au monde. C’est le cas de nombreuses espèces de la végétation altimontaine : Branle vert et Branle blanc, petit ambaville, thym marron, Tamarin des hauts, Psiadie à belle tête… Toutes des espèces que j’ai pu admirer de mes propres yeux.

À ce jour, 230 espèces endémiques ont été recensées sur l’île, et la moitié d’entre elles est menacée… Heureusement pour mes petites plantes des sommets, elles ont grandement échappé aux impacts des activités humaines, isolées comme elles sont. Le passage des nombreux touristes venus admirer les volcans de l’île ne semble pas non plus leur causer trop de préjudices. J’en suis rassurée. Ce serait dommage de les voir disparaître, elles qui, après tant d’années, ont su s’adapter à leur environnement si particulier…

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Commentaires1
  • Frances Kotar
    25 décembre 2013
    @Jean Lemire: Vous dites: "Même ces grandes ONG, celles qui recueillent vos dons à coup de centaines de millions, ne sont pas prêtes à investir pour réellement sauver ces animaux et ces habitats exceptionnels." SVP qui sont ces grandes ONG pour ne plus qu'on leur donne notre argent? Merci à l'avance!
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