Visiteurs indésirables dans les îles subantarctiques

Par Eddie Persent | 8 janvier 2014| Île de la Réunion
3628 - I - Crédit photo La vue qu'on eu les premiers explorateurs des îles Kerguelen La vue qu'on eu les premiers explorateurs des îles Kerguelen La vue qu'on eu les premiers explorateurs des îles Kerguelen
3627 - I - Crédit photo
3631 - I - Crédit photo Le lieu de résidence en 1983 des personnes qui passent de 4 mois à 1 an aux Kerguelen Le lieu de résidence en 1983 des personnes qui passent de 4 mois à 1 an aux Kerguelen Le lieu de résidence en 1983 des personnes qui passent de 4 mois à 1 an aux Kerguelen
3629 - I - Crédit photo Carte du TAAF Carte du TAAF Carte du TAAF
3632 - I - Crédit photo Colonnes Basaltiques des îles Crozet, La Tour Blanche Colonnes Basaltiques des îles Crozet, La Tour Blanche Colonnes Basaltiques des îles Crozet, La Tour Blanche
3634 - I - Crédit photo B.Navez, Wikimedia commons La porte des Kerguelen, le golfe de Morbihan La porte des Kerguelen, le golfe de Morbihan
3633 - I - Crédit photo B.Navez, Wikimedia commons Éléphant de mer-Mâle Éléphant de mer-Mâle
3630 - I - Crédit photo Éléphant de mer-Mâle Éléphant de mer-Mâle Éléphant de mer-Mâle

Pourquoi parler des îles subantarctiques lorsque l’on est à l’île de la Réunion? Au premier abord, il ne semble pas y avoir de lien. Mais depuis l’an 2000, il faut savoir que le bureau de la réserve naturelle des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) se trouve ici, dans la ville de St-Pierre. Les TAAF, c’est un grand territoire regroupant plusieurs îles françaises. Et l’accès maritime à ces îles se fait via le Marion Dufresne au départ de la Réunion. Durant les dernières semaines, j’ai rencontré plusieurs personnes travaillant aux TAAF, dont Cédric Marteau, le directeur de la conservation du patrimoine naturel et de la réserve naturelle. Nous avons eu l’occasion d’échanger ensemble lors d’un dîner où j’ai appris une foule de choses, notamment celle que sur ces îles pullulent des espèces introduites inusitées qui fragilisent les écosystèmes.

Les îles Crozet et Kerguelen ont été découvertes par des expéditions de navigateurs français au début de l’an 1772. Ceux-ci prirent alors possession des archipels au nom de la France. Dans les années qui suivirent, la nouvelle se répandit très vite dans les ports, que les eaux entourant ces îles contenaient une très grande richesse en mammifères marins. Ce fut le début d’une grande aventure pour les baleiniers.

Au début du 19e siècle, les îles Crozet et Kerguelen étaient souvent visitées par des chasseurs de phoques et de baleines venus principalement de la côte est des États-Unis et de l’Angleterre. Les baleiniers chassaient des mammifères marins comme les éléphants de mer et les baleines. Leur but était de récupérer la graisse pour la faire fondre afin d’obtenir l’huile nécessaire à l’éclairage des grandes villes. Vers 1835, cette chasse provoqua la quasi-disparition de l’éléphant de mer. Puis ce fut au tour de la baleine à subir le même sort.
En plus de ce carnage où la ressource fut presque complètement éradiquée, des dommages collatéraux apparurent suite à l’accostage des baleiniers dans ces îles.

Arrivés avec les baleiniers du début du 19e siècle, les rats ont rapidement colonisé les différentes îles et ce, grâce à leurs grandes capacités d’adaptation même dans des terres aussi inhospitalières que les îles subantarctiques.

L’introduction des rats a gravement déstabilisé les écosystèmes. Sur l’île Saint-Paul par exemple, la prédation exercée sur les œufs et les poussins des pétrels a réduit considérablement la population de ceux-ci. À la fin des années 90, la population de rats était estimée entre 50 000 et 100 000 individus.

Grâce à un programme d’éradication, l’île a été entièrement dératisée en 1999. Depuis, la population d’oiseaux marins s’est progressivement reconstituée.

Par contre, sur des îles beaucoup plus grandes comme Crozet et Kerguelen, le problème reste entier. Une solution a été tentée dans les années 50, celle d’introduire des chats pour chasser les rats. Malheureusement, les pétrels sont plus faciles à chasser que les rats… . Les félins ont commencé à se multiplier et la population des pétrels a dramatiquement baissé. Heureusement, les chats ne savent pas bien nager, ainsi des pétrels ont pu survivre sur les îlots voisins. Lorsque le nombre de pétrels ne fut plus suffisant pour nourrir tous les chats, ceux-ci ont alors chassé les lapins qui avaient eux aussi été introduits dans le but de constituer une réserve de viande pour les marins.

L’introduction et la prolifération des lapins aux Kerguelen ont aussi provoqué des ravages, causant, cette fois-ci la destruction de l’Azorelle (Azorella selago), une plante vivace de type couvre-sol endémique aux îles. Les lapins s’en nourrissant, la régénération de l’espèce est menacée. C’est uniquement sur les îles et îlots exempts de lapins que l’on peut encore trouver aujourd’hui des tapis d’Azorelle. Ceux-ci, qui peuvent dépasser souvent un mètre d’épaisseur, sont particulièrement favorables à la nidification de plusieurs espèces de pétrels nichant dans des terriers.

Ce qui est fascinant lorsqu’on regarde cela de plus près, c’est de réaliser comment tout est en interrelation et comment un geste, qui paraît anodin au départ comme celui de l’accostage de baleiniers a pu avoir un impact gigantesque sur les écosystèmes de ces îles, même 250 ans plus tard.

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