Pluies, vents et jeux de hasard

Par Marie-Odile Noël | 15 janvier 2014| Île de la Réunion
3678 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Pendant le cyclone, un de nos voisins canins cherche un abri sous un bateau en cale sèche. Pendant le cyclone, un de nos voisins canins cherche un abri sous un bateau en cale sèche.
3679 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Dès que les vents et les pluies ont diminué, les chiens errants sont revenus trottiner aux abords du Sedna IV. Dès que les vents et les pluies ont diminué, les chiens errants sont revenus trottiner aux abords du Sedna IV.
3680 - I - Crédit photo Indications vers la Roche écrite, unique lieu de reproduction du Tuit-tuit, oiseau endémique à l'île… Indications vers la Roche écrite, unique lieu de reproduction du Tuit-tuit, oiseau endémique à l'île… Indications vers la Roche écrite, unique lieu de reproduction du Tuit-tuit, oiseau endémique à l'île…
3681 - I - Crédit photo Pétrel noir de Bourbon, oiseau très rare et endémique à la Réunion. Pétrel noir de Bourbon, oiseau très rare et endémique à la Réunion. Pétrel noir de Bourbon, oiseau très rare et endémique à la Réunion.
3682 - I - Crédit photo B.navez Un aperçu de la végétation carastéristique de la forêt semi-sèche de la Réunion. Un aperçu de la végétation carastéristique de la forêt semi-sèche de la Réunion.
3684 - I - Crédit photo Marie-Odile Noël Un crabe en bordure de la route du port, propulsé hors de son environnement par les vagues… Un crabe en bordure de la route du port, propulsé hors de son environnement par les vagues…

Il y a quelques jours, alors que j’étais sur le qui-vive en attente du cyclone Bejisa qui allait frapper la Réunion d’un instant à l’autre, je me questionnais sur les impacts qu’ont les événements cycloniques sur la biodiversité de l’île. En écrivant mon journal du 2 janvier dernier, je m’étais d’ailleurs promis d’essayer de comprendre les risques pour les animaux et les végétaux qui sont soumis aux forts vents et aux fortes pluies qu’apportent les cyclones. Deux semaines après le passage de Bejisa, j’ai quelques pistes de réponses…

Étrangement, les chiens errants du Port m’ont aidée dans ma réflexion. Moi qui pensais avec compassion à ces bêtes sans abri, j’ai été impressionnée de les revoir, trottinant calmement aux abords du Sedna IV, dès que la pluie et les vents ont diminué. Je me suis rendu compte que ce qu’ils ont retrouvé, après le passage de Bejisa, était identique, à peu de choses près, à ce qui se trouvait là avant la tempête. Leur habitat, fait de béton et d’acier.

Puis ce fut au tour d’un crabe à m’aider dans ma réflexion : emporté par les vagues, il est venu s’échouer sur la route du Port, incapable de retrouver son chemin vers la mer. Lui, son habitat, il l’avait perdu. Exilé de son milieu de vie, il n’allait pas survivre très longtemps…

Et voilà qu’une réalité bien connue m’a sauté aux yeux : les espèces animales ne peuvent pas perdurer si leur habitat est détruit. On le sait pour les orangs-outans d’Indonésie, dont la forêt est saccagée pour faire place à des plantations de palmiers à huile. On le sait pour les jaguars d’Amérique du Sud, qui voient leur forêt morcelée en petites parcelles de plus en plus isolées les unes des autres. Qu’en est-il à la Réunion? Certains habitats sont-ils si uniques qu’un cyclone qui les ravagerait mettrait en péril la biodiversité de l’île?

La réponse est oui et, malheureusement, ces habitats si précieux sont, pour la plupart, déjà menacés par l’urbanisation ou par la progression des espèces envahissantes introduites par l’Homme lors de la colonisation de l’île.

Je pense entre autres à la forêt semi-sèche, dont nous ont parlé la semaine dernière des représentants du Parc national de la Réunion. Cet habitat, unique au monde, ne survit désormais que sur moins de 1% de sa surface d’origine, en petits îlots plus ou moins isolés. Cette forêt contient des espèces végétales qu’on ne retrouve nulle part ailleurs; un cyclone qui l’affecterait grandement serait donc dévastateur pour la biodiversité de la Réunion, mais également pour la biodiversité globale.

Plus que d’affecter la flore, la dégradation de la forêt semi-sèche pourrait entraîner la disparition de la faune qui s’y rattache. Pensons au Salamide d’Augustine (Salamis Augustina), un papillon diurne qu’on ne retrouve qu’à la Réunion et qui est l’un des plus rares de l’île. Sa chenille se nourrit uniquement du Bois d’Ortie (Obetia ficifolia) retrouvé dans la forêt semi-sèche. Avec une éventuelle disparition du Bois d’ortie, il n’y aurait plus de Salamide.

Je pense aussi à certains oiseaux uniques à la Réunion. Le Pétrel noir de Bourbon (Pseudobulweria aterrima), entre autres, qui est tellement rare qu’on ne connaît même pas l’endroit où il fait ses nids… Ou le Tuit-tuit (Coracina newtoni), dont il ne reste qu’une trentaine de couples et qui ne niche qu’à un seul endroit sur l’île, à la Roche écrite. Et si les zones de nidification de ces deux oiseaux étaient complètement dévastées par un cyclone?

Événement cyclonique peut ainsi rimer avec perte d’habitats uniques, et donc perte de biodiversité animale et végétale. Mais toute médaille a deux faces, et les différents habitats de l’île ont aussi besoin des fortes pluies pour prospérer. Au Port, nous avons d’ailleurs pu observer un verdissement impressionnant suite au passage de Bejisa…

Ce que j’observe et ce que j’apprends depuis deux semaines m’amène à penser que chacun des cyclones est pareil à un coup de dé. Nul ne peut prévoir les effets qu’aura le prochain cyclone sur la biodiversité de l’île. Quelle trajectoire adoptera-t-il? Quelle force développera-t-il? Quelles zones seront les plus affectées?

Dans un environnement déjà fortement dégradé par l’activité humaine, la loterie peut parfois jouer de mauvais tours…

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