La Légine australe : un poisson méconnu

Par Eddie Persent | 16 janvier 2014|
3675 - I - Crédit photo TAAF La pêche à la légine La pêche à la légine
3677 - I - Crédit photo Foobaz, US. FDA, Wikimedia commons La Légine peut vivre au-delà de 35 ans. Record 2.48 m La Légine peut vivre au-delà de 35 ans. Record 2.48 m
3674 - I - Crédit photo Danilo Cedrone, Photolib, NOOA, Wikimedia commons On estime que 80% du stock de Thon rouge a disparu On estime que 80% du stock de Thon rouge a disparu
3673 - I - Crédit photo Rick Starr, NOOA, wikimedia commons La morue noire du Pacifique Nord La morue noire du Pacifique Nord
3672 - I - Crédit photo Eddie Persent Le bateau l'île de la Réunion. Droit de pêche: 935 tonnes de Légine Le bateau l'île de la Réunion.  Droit de pêche: 935 tonnes de Légine

Quel est le poisson le plus cher au monde? Le thon? Eh! bien, vous avez raison. Suite aux enchères qui se sont déroulées comme chaque année le 5 janvier au plus grand marché de poissons de Tsukiji à Tokyo au Japon, un thon rouge s’est vendu à un montant encore jamais égalé. Ce thon rouge pesant 222 kg a été vendu à 2,031 millions de dollars canadiens, du jamais vu! À ce prix, le kilo de poisson revient à près de 9150 $.

L’acquéreur de ce poisson est Kiyoshi Kimura, propriétaire d’une chaîne de restaurants de sushis. Il voulait absolument remporter la mise sur le thon face aux Chinois. Après son acquisition, il a humblement déclaré répondre aux attentes de ses clients japonais qui désirent le meilleur thon rouge.
On sait combien la demande en poissons de très grande qualité pour les sushis est forte au Japon.

Et maintenant d’après vous, à quel poisson revient la palme de la 2e espèce la plus chère, tout de suite après le thon? Si on vous disait la Légine australe, vous auriez sans doute la même réaction que moi : « la Légine? Je ne connais pas ».
Pour ma part, c’était avant que je rencontre les gens des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF), car ce sont eux qui m’ont expliqué que nous allons entendre parler de ce poisson de plus en plus souvent. En effet, quand les thoniers auront pêché tous les stocks de thon, la Légine sera alors au sommet et deviendra le poisson le plus cher au monde.

La Légine australe (Dissostichus eleginoides) est l’une des rares espèces de poisson vivant dans les eaux froides de l’océan Austral, grâce à des composés antigel présents dans son sang. Ce poisson est très abondant dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), c’est-à-dire aux îles de Kerguelen et de Crozet, et il fait de plus en plus parler de lui dans le monde, spécialement au Japon.

C’est une espèce avec une très forte valeur commerciale. La Légine est appréciée pour sa chair blanche, fondante, grasse et riche en oméga 3. Le poisson peut atteindre 2,15 mètres de long et un poids de plus de 80 kg.
La France possède le premier quota au monde (6050 tonnes), soit le tiers de la pêche mondiale. L’engouement général pour la Légine n’est apparu qu’au milieu des années 90 en raison de la ressemblance de sa chair avec celle de la Morue noire du Pacifique Nord (Anoplopoma fimbria) très prisée des Japonais et dont les stocks ont presque disparu. Dans ces années-là, la valeur économique de la Légine australe a alors fait un bond spectaculaire, la hissant au même niveau commercial que le Thon rouge.

Actuellement, la pêche de la Légine australe en territoire français est pratiquée par des armateurs français, tous basés à la Réunion, dans la ville du Port où se trouve actuellement le Sedna IV.
À l’heure actuelle, sept bateaux sont autorisés à pêcher dans les eaux australes, dont le bateau l’île de la Réunion qui a été notre voisin pendant quelques jours. Les retombées sur la petite île de la Réunion au plan économique (transport du poisson, transformation, exportation) ainsi qu’au niveau social (embauche entre 30 et 40 marins par navire, manutention) sont très importantes. Cette pêche constitue le deuxième secteur exportateur de la Réunion, générant 250 emplois directs et plus d’un millier d’emplois indirects.

Au début des années 90, l’importance de l’espèce pour la pêcherie n’a fait que s’amplifier. Mais cet attrait pour la Légine a aussi entraîné une pêche illégale qui a atteint, même dépassé certaines années, plus de 3 fois le nombre permis de captures légales! Des mesures de conservation ont évidemment été prises, mais cette pêche illégale s’est développée avec une détermination rarement vue dans une activité économique comme la pêche.

Malgré une surveillance exemplaire de la France, de grands dangers guettent la Légine. Deux ennemis redoutables sont là : Les pirates (pêcheurs illégaux) et les orques, devenus des prédateurs de la Légine.

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