Trinquer avec Éole

Par Samantha McBeth | 18 septembre 2014| Le Saint-Laurent
4362 - I - Crédit photo Glacialis Productions Vue aérienne du Sedna IV. De gauche à droite: la trinquette, la misaine, la grande voile et l'artimon. Vue aérienne du Sedna IV. De gauche à droite: la trinquette, la misaine, la grande voile et l'artimon.
192 - I - Crédit photo Bernard Brault, La Presse Jérôme prépare les voiles Jérôme prépare les voiles
4363 - I - Crédit photo Jérome Lefrançois L'artimon enroulé sur son mât. Le gréement du Sedna IV est entièrement mécanisé, ne nécessitant pas des "gros-bras" pour utiliser les voiles. L'artimon enroulé sur son mât. Le gréement du Sedna IV est entièrement mécanisé, ne nécessitant pas des
4364 - I - Crédit photo Samantha McBeth L'artimon enroulé sur son mât. Le gréement du Sedna IV est entièrement mécanisé, ne nécessitant pas des "gros-bras" pour utiliser les voiles. L'artimon enroulé sur son mât. Le gréement du Sedna IV est entièrement mécanisé, ne nécessitant pas des
4361 - I - Crédit photo Glacialis Productions Le Sedna IV navigeant dans un fjord. Le génois est enroulé. Le Sedna IV navigeant dans un fjord. Le génois est enroulé.
4360 - I - Crédit photo Glacialis Productions
99 - I - Crédit photo Olivier Lamarre Jérôme Lefrançois, maître de pont Jérôme Lefrançois, maître de pont

Le pessimiste se plaint du vent, l’optimiste espère qu’il va tourner et le marin ajuste ses voiles. Dans le détroit de Cabot, aux portes de l’Atlantique, le vent est heureusement au rendez-vous. Au cours de cette recherche difficile sur les rorquals bleus où l’optimisme s’épuise à la quête, il vaut mieux laisser les affaires de vent aux marins. Justement, Jérôme Lefrançois, maître de pont du Sedna IV, connaît fort bien la chose et sait comment le capter. Jérôme a une longue histoire d’amour avec les voiles, ayant travaillé sur plusieurs voiliers de renom, dont le prestigieux Pen Duick VI sur lequel a navigué le célèbre navigateur Éric Tabarly. Pour oublier la houle océanique incessante, Jérôme et moi jasons de tout et de rien. Le tout étant sa passion pour la voile.

Il commence en me donnant un petit historique de notre fidèle navire. D’abord construit en Allemagne comme chalutier, le bateau, qui deviendra le Sedna IV, connut des vocations variées. Initialement bateau de pêche, il sera navire de charge et yacht privé avant de devenir voilier d’expédition. En 1992, on lui ajoute trois mâts avec un gréement imitant celui du Rainbow Warrior II, bateau emblème de Greenpeace. Le Sedna IV est alors transformé en la magnifique goélette que nous connaissons aujourd’hui. Sa propulsion se fait à l’aide d’un système biénergie, soit le vent et le carburant. Utilisant prioritairement le vent, il est couplé d’un moteur diesel. À vent favorable, le Sedna IV file sous voiles à 8 nœuds (soit 14,4 km/h) et peut atteindre 11 nœuds (soit 19,8 km/h) avec la combinaison des voiles et le moteur. Sa voilure diminue de manière importante sa consommation de carburant. Bien que ses mâts soient lourds, plus de 4000 kg pour un seul, le centre de gravité du Sedna IV est assuré par un bon lest* bien équilibré, ce qui le rend très stable avec un beau roulis dans la vague.

Sa voilure comporte cinq voiles, nommées à la façon colorée de la marine : le génois, la trinquette, la misaine, la grand-voile et l’artimon. Sur le Sedna IV, le génois, première voile à l’avant, est le propulseur. Une voile puissante à surface nettement supérieure aux quatre autres, elle se gonfle de vent à toutes les allures. Les voiles restantes servent principalement à la stabilité et contribuent à la force aérodynamique. La trinquette est la voile située juste derrière le génois et elle est liée au beaupré prolongement étroit à la proue. « Elle mange la misère, » dit le marin avec un sourire, « en gros temps, c’est la dernière à être rangée, elle stabilise le bateau lors d’une tempête, elle guide le vent. » Fixée au premier mât avec la trinquette, la misaine doit son nom au mot médian. Misaine est aussi l’appellation donnée au premier mât à l’avant. La grand-voile est reliée au grand mât, tout simplement. L’artimon, quant à lui, provient du latin artimonus ou artemo qui signifie petite voile, fixé au dernier mât portant le même nom.

Jérôme m’explique que la voile demeure le moyen le plus rapide pour faire le tour du monde sans escale. Le record de la traversée de l’Atlantique est d’ailleurs détenu par un voilier qui l’a effectuée en trois jours et 15 heures. Avec la réduction des ressources fossiles et le perfectionnement des prévisions météorologiques, les voiles offrent une alternative alléchante aux navires motorisés. D’ailleurs, selon lui, des prototypes en cours de fabrication annoncent la venue de navire de charge utilisant de très grands cerfs-volants, telle une aile de traction. Envoyés très hauts, ces cerfs-volants profitant des vents forts en haute altitude pourraient tirer même les plus grands navires. Cette méthode de propulsion hybride permettrait des économies en carburant de plus de 15%. Il s’agit là d’une réduction substantielle de la consommation mondiale de carburant. Même les solutions les plus inusitées sont envisagées, comme des voiles faisant aussi office de panneaux solaires. Notre maître de pont déplore la perte de connaissances en voile chez les marins d’aujourd’hui. « Le vent est gratuit et disponible quand on veut. Il est propre, généreux, parfois capricieux. Sans aucun doute une source d’énergie inépuisable » ajoute un Jérôme toujours aussi passionné par son métier.

*Le lest est un élément lourd qui sert à déplacer le centre de gravité.

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