L'hécatombe des amphibiens
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L'hécatombe des amphibiens

Depuis quelques décennies, les observateurs attentifs de la nature et les chercheurs constatent que les populations d’amphibiens (essentiellement les grenouilles, les crapauds et les salamandres) sont en déclin. Des espèces qui naguère peuplaient telle forêt en Amérique centrale ou telle ruisseau en Australie sont désormais absente ou, sinon, beaucoup plus difficile à dénicher. Cette tendance lourde semble indiquer qu’un mal mystérieux touche les amphibiens du monde. En 1997, un coupable fut découvert et un article paru en 1999 en fit la première description scientifique : il s’agit d’un champignon microscopique appelé Batrachochytrium dendrobatidis ou Bd. Celui-ci s’installerait dans la peau des amphibiens et, là, empêcherait certains mécanismes vitaux de se produire, comme par exemple la respiration cutanée. Les animaux infectés mouraient par suffocation après quelques jours.

En 30 ans, plus de 120 espèces d’amphibiens auraient été poussées à l’extinction et 435 espèces auraient fortement régressé. Plus du tiers des 6 500 espèces d’amphibiens sont désormais menacées d’extinction. On estime que, dans 54% des cas recensés depuis 1980, la cause des déclins observés est attribuable à la destruction ou dégradation des habitats, ainsi qu’à la surexploitation des amphibiens pour l’alimentation ou le commerce. Les autres cas — soit près de 50% d’entre eux — serait associés au champignon Bd. La maladie qu’il induit aux amphibiens est appelée chytridiomycose.

Selon l’UICN, la chytridiomycose est la pire maladie infectieuse jamais observée chez des vertébrés, en terme de nombre d’espèces infectées et de tendance à les conduire à l’extinction. Rétrospectivement, des analyses réalisées sur des spécimens de musée ont révélé que le premier cas de chytridiomycose recensé remonte à 1938, dans une grenouille Xénope lisse (Xenopus laevis) qui provenait des basses-terres du Cap-Occidental, en Afrique du Sud.

Or, puisque cette grenouille vit dans une vaste partie de l’Afrique sub-saharienne, il est possible que l’Afrique du Sud ne soit pas le lieu d’origine du champignon Bd causant la chytridiomycose.

Entre 1934 et les années 1970s, des milliers de Xénopes lisses ont été exportées d’Afrique sub-saharienne vers tous les continents (à l’exception de l’Antarctique) pour être utilisée comme test de grossesse. L’hypothèse la plus probable serait qu’un moins une Xénope lisse portant le champignon Bd mais invulnérable à la chytridiomycose serait entrée en contact avec d’autres grenouilles ou avec des instruments qui, par la suite, auraient été en contact avec des grenouilles sauvages.

Le premier cas de chytridiomycose en-dehors de l’Afrique du Sud fut découvert, surprenamment, au Québec en 1961, à Saint-Pierre-de-Wakefield, dans les Laurentides, sur une grenouille verte (Rana clamitans). Le champignon Bd ne semble toutefois pas affecter les grenouilles du Québec.
On estime aujourd’hui que le taux d’extinction des amphibiens serait de 25 000 à 45 000 fois supérieur au taux naturel d’extinction !

Les cartes au haut de cette page montrent la propagation de la chytridiomycose en Amérique centrale, de 1972 à 2010. Différentes données sont présentées. L’une montre — par l’utilisation d’un code de couleurs où les couleurs froides (vers le bleu) correspondent aux régions accueillant moins d’espèces et les couleurs chaudes (vers le rouge), plus d’espèces — l’abondance des espèces d’amphibiens ; une autre montre la présence des espèces endémiques d’amphibiens, c’est-à-dire les espèces les plus rares et uniques à une région particulière ; enfin, une autre carte montre les points chauds où vivent plusieurs espèces menacées.

Rappelons en terminant que, si la chytridiomycose est selon toute vraisemblance une cause majeure d’extinction chez les amphibiens, elle n’est pas la seule : les changements climatiques et la dégradations des habitats constituent deux autres épées de Damoclès suspendues au-dessus de la classe des amphibiens et aggravant même les effets dévastateurs du Batrachochytrium dendrobatidis.

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